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Protéines pendant l'effort : sont-elles utiles en endurance ?

Performance, bilan protéique, courbatures et ultra : ce que les protéines changent réellement pendant un effort d'endurance, et quand elles n'apportent rien.

Qöna10 août 202612 min de lecture

Points clés

  • 1Ajouter des protéines aux glucides n'améliore pas clairement un contre-la-montre lorsque l'énergie ou les glucides sont correctement comparés [2,3].
  • 2Les résultats sur les courbatures, les « dommages musculaires » et l'inflammation sont variables et ne justifient pas une prise systématique pendant l'effort [4].
  • 3La recommandation de 10 à 20 g/h n'est pas une règle générale : pour certaines épreuves d'ultra-endurance, un consensus propose plutôt 5 à 10 g/h dans un plan énergétique global [7].
  • 4Couvrir les besoins quotidiens (1,4 à 2,0 g/kg/j) et prévoir une prise avant ou après la séance est généralement plus important qu'un shake pendant l'exercice [1,8].

Les protéines sont indispensables à la santé, à l'adaptation et à la récupération des sportifs d'endurance. Cela ne signifie pas qu'il faut en consommer pendant chaque séance.

Lors d'une course, d'un trail, d'un triathlon ou d'une sortie à vélo, les glucides restent le carburant nutritionnel prioritaire pour soutenir l'intensité. L'intérêt d'ajouter des protéines dépend surtout de la durée, du déficit énergétique, de la tolérance digestive et des repas disponibles.

Traileur courant sur un sentier dans un paysage de montagne verdoyant
Traileur courant sur un sentier dans un paysage de montagne verdoyant

À quoi servent les protéines chez un sportif d'endurance ?

Les protéines fournissent des acides aminés utilisés pour renouveler de nombreux tissus et soutenir les adaptations à l'entraînement : remodelage musculaire, mitochondrial, enzymatique et conjonctif. Elles peuvent aussi être oxydées, mais elles ne constituent pas le carburant à privilégier pour maintenir une allure élevée.

Pendant un effort prolongé, le métabolisme des protéines évolue. Ajouter des acides aminés peut améliorer le bilan protéique du corps entier dans certains protocoles [6]. Ce résultat biologique est intéressant, mais il ne signifie pas automatiquement que le muscle est moins endommagé, que l'inflammation est réduite ou que le chrono sera meilleur.

Quatre résultats à ne pas confondre

Résultat mesuréCe qu'il peut indiquerCe qu'il ne prouve pas seul
Bilan protéique du corps entierDifférence entre synthèse et dégradation à l'échelle de l'organismePréservation directe des fibres musculaires sollicitées
Synthèse des protéines musculairesFabrication de nouvelles protéines dans le muscleRécupération complète ou gain de performance immédiat
Créatine kinase et marqueurs sanguinsRéponse indirecte après un exerciceQuantité exacte de lésions structurelles ou gravité clinique
Courbatures et fonction musculaireRessenti et capacité à produire une forceMême évolution pour tous les athlètes et toutes les épreuves

Cette distinction explique pourquoi une étude peut trouver un meilleur bilan azoté sans mesurer le moindre bénéfice sur un contre-la-montre.

Protéines et performance : que montrent les études ?

Une méta-analyse de protocoles d'endurance a observé des résultats plus favorables sur des tests jusqu'à épuisement que sur des contre-la-montre [2]. Or les tests jusqu'à épuisement sont moins proches d'une compétition réelle. Lorsque les boissons étaient comparées à calories égales, l'avantage des protéines disparaissait. Des travaux plus récents retrouvent également peu ou pas d'effet lorsque l'énergie totale est correctement appariée [3].

En pratique, ajouter des protéines peut sembler améliorer la performance lorsque la boisson glucides + protéines apporte simplement davantage de calories que la boisson glucidique témoin. Cela ne démontre pas que les protéines sont supérieures à une quantité énergétique équivalente de glucides.

Pour une séance ou une course où l'intensité compte, ne réduis jamais ta cible glucidique pour « faire de la place » aux protéines.

Limitent-elles les dommages musculaires et l'inflammation ?

On lit souvent que la combinaison glucides + protéines limite les dommages musculaires et réduit l'inflammation. Les synthèses disponibles ne permettent pas une promesse aussi générale [4].

Des études rapportent parfois une baisse de certains marqueurs sanguins ou une meilleure récupération de force, tandis que d'autres ne trouvent pas de différence sur les courbatures, la fonction musculaire ou la performance. Les résultats dépendent du contrôle de l'alimentation quotidienne, du niveau d'entraînement, du protocole, du moment de la prise et de l'état énergétique.

L'inflammation après l'exercice n'est pas uniquement un phénomène à supprimer : elle participe aussi aux processus de réparation et d'adaptation. Un produit protéiné ne devrait donc jamais être présenté comme « anti-inflammatoire » ou « protecteur musculaire ».

Combien de protéines consommer pendant l'effort ?

Il n'existe pas de dose horaire universelle pour les sports d'endurance.

SituationPriorité pratiquePlace des protéines pendant l'effort
Séance courte ou classiqueRepas quotidiens, hydratation adaptéeGénéralement inutile
Effort prolongé jusqu'à quelques heuresGlucides selon la durée et l'intensité, liquidesPas de bénéfice de performance clairement établi
Marathon ou triathlon format olympiqueGlucides, hydratation, tolérance digestiveHabituellement non prioritaire ; récupération après l'arrivée
Ultra ou épreuve traversant plusieurs repasÉnergie totale, glucides, liquides, sodium selon le contexte5 à 10 g/h envisageables dans certains plans d'ultra, après essais
Épreuve par étapesNutrition pendant chaque étape puis récupération rapideLa prise après l'étape est souvent plus simple et mieux étayée

La fourchette de 5 à 10 g/h provient d'un position stand consacré à l'ultra-marathon en une étape [7]. Elle vise surtout à limiter le déficit énergétique sur des durées extrêmes ; elle ne constitue pas une obligation et ne se transpose pas à un semi-marathon ou à une sortie de deux heures.

Les études métaboliques utilisant environ 0,2 à 0,25 g/kg/h montrent parfois un meilleur bilan protéique [5,6], mais elles ne prouvent pas qu'une telle dose améliore la performance réelle. Pour une personne de 70 kg, cela représenterait 14 à 17,5 g/h : ce n'est pas une recommandation automatique.

Cycliste s'hydratant à côté de son vélo après un effort long
Cycliste s'hydratant à côté de son vélo après un effort long

Course, trail, cyclisme et triathlon : faut-il vraiment les opposer ?

La course, surtout en descente ou sur terrain technique, peut produire davantage de contraintes excentriques que le cyclisme. Mais cela ne suffit pas à prescrire des protéines pendant un trail et à les exclure à vélo.

  • La durée totale et le nombre de repas traversés.
  • L'intensité et la priorité donnée aux glucides.
  • L'ampleur du déficit énergétique attendu.
  • La possibilité de manger en sécurité.
  • La tolérance aux textures et aux produits.
  • Le délai avant l'effort ou l'étape suivante.

Sur un triathlon longue distance, le vélo offre souvent davantage d'occasions de manger que la course à pied. L'apport éventuel en protéines relève alors de la logistique et du plan énergétique global, pas d'un besoin spécifique créé par le mot « triathlon ».

Sous quelle forme les consommer ?

Sur une épreuve très longue, les protéines peuvent venir d'aliments habituels ou de produits sportifs : boisson contenant un peu de protéines, barre, produit laitier toléré, alternative végétale, sandwich. « Rapidement assimilable » n'est pas toujours le premier critère pendant un ultra ; la sécurité alimentaire, la facilité de mastication, le goût et la tolérance comptent davantage.

  • Les grammes de protéines par portion.
  • Les glucides, lipides et calories associés.
  • La caféine et le sodium éventuels.
  • Les allergènes.
  • La quantité de liquide nécessaire.
  • La tenue du produit à la chaleur et le risque de conservation.

Les shakes concentrés, barres riches en graisses ou gros aliments solides peuvent ralentir la vidange gastrique ou augmenter l'inconfort chez certaines personnes. Teste le produit à l'intensité et dans les conditions prévues, pas uniquement au repos.

Bol de yaourt et œufs, source de protéines pour un sportif d'endurance
Bol de yaourt et œufs, source de protéines pour un sportif d'endurance

Les apports quotidiens restent prioritaires

Pour la plupart des adultes actifs en bonne santé, les positions sportives situent l'apport total autour de 1,4 à 2,0 g/kg/j, à individualiser selon la charge, l'énergie disponible, l'objectif, l'âge et la situation clinique [1,8]. L'endurance exigeante et les périodes de déficit énergétique peuvent augmenter les besoins.

Une répartition régulière sur la journée et une prise après l'exercice soutiennent la synthèse protéique. Après une séance d'endurance, une dose d'environ 0,25 à 0,4 g/kg, souvent équivalente à 20–40 g chez l'adulte, constitue un repère pratique [9]. Ce repère post-effort n'est pas une dose à répéter chaque heure pendant la course.

Si un repas complet est prévu rapidement, il peut assurer cette récupération sans supplément. Les glucides et les liquides restent également essentiels lorsque les réserves doivent être restaurées avant une nouvelle séance.

Comment tester une stratégie sur une sortie longue ?

  • Fixe d'abord la cible de glucides et le plan hydrique déjà tolérés.
  • Vérifie que l'ajout de protéines ne diminue pas les glucides.
  • Commence par une petite quantité répartie dans de vrais aliments ou produits connus.
  • Teste sur une séance comparable en durée, intensité, chaleur et dénivelé.
  • Note ce qui a réellement été consommé, le niveau d'énergie et les symptômes digestifs.
  • Compare le ressenti et la récupération avec une sortie similaire, sans conclure sur un seul essai.

N'ajoute pas simultanément protéines, caféine, nouveaux glucides et nouveau dosage de sodium. Sinon, il sera impossible d'identifier l'origine d'un bénéfice ou d'un problème.

Coureur buvant pendant une course sur route
Coureur buvant pendant une course sur route

Le conseil du coach Qöna

Pose-toi une question avant d'ajouter des protéines : l'épreuve est-elle assez longue pour traverser plusieurs repas ou accumuler un déficit énergétique important ? Si la réponse est non, protège les glucides et renvoie les protéines vers les repas ou la récupération.

Pour un ultra, suis séparément glucides, protéines, liquide, sodium, caféine et calories. Si l'ajout d'une barre fait passer les glucides sous la cible, crée une charge digestive excessive ou dépend d'un aliment non conservable, le plan doit être corrigé.

Quand demander un avis professionnel ?

Un avis médical ou diététique est nécessaire en cas de maladie rénale, hépatique ou digestive, diabète, grossesse, allergie, antécédent de trouble alimentaire, perte de poids involontaire ou difficulté persistante à couvrir les besoins.

Une douleur, des urines très foncées avec faiblesse importante, des vomissements répétés ou une altération de l'état général pendant une épreuve nécessitent l'équipe médicale, pas un ajustement automatique de protéines.

Exemple pédagogique pour un ultra de 8 heures

Une personne prévoit une épreuve de huit heures et souhaite tester 5 g/h de protéines : le total théorique est de 40 g répartis sur l'ensemble de l'épreuve. Cela ne signifie pas huit shakes.

Base glucidique

La cible de glucides horaire est fixée en premier et reste couverte du début à la fin. Les protéines ne viennent jamais en remplacement.

Répartition

Plusieurs petites portions d'aliments réels (sandwich, produit laitier toléré, barre, boisson légèrement protéinée) participent au total de 40 g.

Tolérance

Les calories totales et le volume alimentaire doivent rester supportables ; chaque produit a été testé à l'entraînement dans des conditions comparables.

Logistique

Les aliments périssables sont conservés correctement et le plan tient compte de la chaleur, du portage et des ravitaillements.

Cet exemple explique un calcul et ne recommande pas 40 g à tous les participants : le bon plan est celui qui protège les glucides et que ton estomac accepte.

Questions fréquentes

Les protéines pendant l'effort améliorent-elles la performance ?

Pas clairement lorsque l'énergie ou les glucides sont correctement comparés. Les études de contre-la-montre ne montrent généralement pas d'avantage régulier par rapport aux glucides seuls.

Combien de protéines faut-il consommer par heure ?

Il n'existe pas de dose universelle. La plupart des efforts n'en nécessitent pas pendant l'exercice ; sur certains ultras, 5 à 10 g/h peuvent être intégrés à un plan énergétique testé et individualisé.

Faut-il prendre des protéines pendant un marathon ?

Habituellement, ce n'est pas prioritaire. Les glucides, les liquides et la tolérance digestive comptent davantage ; les protéines se consomment dans les repas avant ou après la course.

Les protéines sont-elles utiles pendant un trail ou un ultra ?

Elles peuvent contribuer à l'apport énergétique et au bilan protéique lorsque l'épreuve dure de nombreuses heures et traverse plusieurs repas. Leur effet direct sur la performance ou les dommages musculaires n'est toutefois pas garanti.

Les besoins sont-ils différents entre cyclisme et course à pied ?

La course peut imposer davantage de contraintes excentriques, mais le choix dépend surtout de la durée, de l'intensité, du déficit énergétique, de la tolérance et de la possibilité de manger en sécurité.

Les protéines réduisent-elles les courbatures et l'inflammation ?

Les résultats sont variables et ne permettent pas une promesse générale. Certains marqueurs peuvent changer sans amélioration parallèle des courbatures, de la fonction musculaire ou de la performance.

Peut-on mélanger glucides et protéines dans la même boisson ?

Oui si le mélange a été testé, mais les protéines ne doivent pas remplacer les glucides nécessaires à l'effort. Compte aussi les calories, le volume, les allergènes et la tolérance digestive.

Ce qu'il faut retenir

Pendant l'effort, les glucides restent la priorité. Les protéines deviennent pertinentes quand la durée s'allonge, que l'épreuve traverse plusieurs repas et que le déficit énergétique menace de se creuser.

Le reste du temps, l'essentiel se joue ailleurs : des apports quotidiens de 1,4 à 2,0 g/kg/j, une prise de 20 à 40 g après les séances exigeantes, et une stratégie testée à l'entraînement plutôt qu'improvisée le jour J.

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Ce contenu s'adresse aux adultes en bonne santé et ne remplace pas un avis médical ou nutritionnel individualisé.

Références scientifiques

  1. [1] Thomas DT, Erdman KA, Burke LM. Position of the Academy of Nutrition and Dietetics, Dietitians of Canada, and the American College of Sports Medicine: Nutrition and Athletic Performance. Med Sci Sports Exerc. 2016;48(3):543-568.
  2. [2] Stearns RL, Emmanuel H, Volek JS, Casa DJ. Effects of ingesting protein in combination with carbohydrate during exercise on endurance performance: a systematic review with meta-analysis. J Strength Cond Res. 2010;24(8):2192-2202.
  3. [3] Nielsen LLK, Lambert MNT, Jeppesen PB. The Effect of Ingesting Carbohydrate and Proteins on Athletic Performance: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Nutrients. 2020;12(5):1483.
  4. [4] Pasiakos SM, Lieberman HR, McLellan TM. Effects of protein supplements on muscle damage, soreness and recovery of muscle function and physical performance: a systematic review. Sports Med. 2014;44(5):655-670.
  5. [5] Beelen M, Zorenc A, Pennings B, et al. Impact of protein coingestion on muscle protein synthesis during continuous endurance type exercise. Am J Physiol Endocrinol Metab. 2011;300(6):E945-E954.
  6. [6] Koopman R, Pannemans DLE, Jeukendrup AE, et al. Combined ingestion of protein and carbohydrate improves protein balance during ultra-endurance exercise. Am J Physiol Endocrinol Metab. 2004;287(4):E712-E720.
  7. [7] Tiller NB, Roberts JD, Beasley L, et al. International Society of Sports Nutrition Position Stand: nutritional considerations for single-stage ultra-marathon training and racing. J Int Soc Sports Nutr. 2019;16(1):50.
  8. [8] Jäger R, Kerksick CM, Campbell BI, et al. International Society of Sports Nutrition Position Stand: protein and exercise. J Int Soc Sports Nutr. 2017;14:20.
  9. [9] Churchward-Venne TA, Pinckaers PJM, Smeets JSJ, et al. Dose-response effects of dietary protein on muscle protein synthesis during recovery from endurance exercise in young men. Am J Clin Nutr. 2020;112(2):303-317.